Un linguiste à Vanikoro

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L'aventure Vanikoro

 

  • Le tour du monde du Capitaine de La Pérouse
  • L'expédition
    Vanikoro 2005
  • Langues et tradition orale à Vanikoro
  • L'enquête
     

Le tour du monde du Capitaine de La Pérouse

Jean-François Galaup de La Pérouse (ou Lapérouse) fut l'un des grands navigateurs français du XVIIIème siècle. Stimulé par les découvertes de l'anglais James Cook, le roi Louis XVI en personne demanda à ce jeune capitaine de vaisseau d'organiser une vaste expédition aux antipodes. De 1785 à 1788, à bord des deux frégates La Boussole et L'Astrolabe, se déroula ainsi une des grandes circumnavigations du Siècle des Lumières, tout autour de ce vaste Océan Pacifique encore si mal connu: Laperouse-timbreaprès avoir franchi le Cap Horn, les deux navires abordèrent successivement le Chili, l'île de Pâques, Hawaii, l'Alaska, la Californie, puis la côte orientale de l'Asie — Macao, le Japon, la Corée, le Kamtchatka. Après avoir ainsi longé les deux masses continentales de l'Amérique et de l'Asie, ses dernières pérégrinations s'intéressèrent davantage aux îles même du Pacifique.
  Ses dernières escales connues furent les îles Samoa, puis Botany Bay (auj. Sydney) et la Nouvelle Calédonie. Et puis on perd toute trace de Lapérouse et de ses 220 hommes d'équipage. On restera sans nouvelles d'eux durant une bonne quarantaine d'années. Ce n'est qu'en 1827 qu'un marin irlandais, Peter Dillon, comprendra que les deux navires ont fait naufrage dans une petite île au cœur de la Mélanésie, Vanikoro.

Quelques liens

Vie de Lapérouse
Lapérouse le navigateur
Site Lapérouse d'Albi
Le mystère Lapérouse (site de l'IRD)
Les documentaires de Thalassa en VOD
Le récit de Jules Verne: chap.XIX de Vingt-mille lieues sous les mers

L'expédition Vanikoro 2005

mapDepuis plusieurs décennies maintenant, l'Association Salomon, basée en Nouvelle-Calédonie et dirigée par Alain Conan, revient régulièrement sur le site de Vanikoro, au sud-est de l'archipel des Salomon. Elle espère non seulement retrouver des objets sur le site des deux épaves, mais également en savoir plus sur le naufrage lui-même, et ses suites. Y eut-il des survivants au naufrage? Si oui, où vécurent-ils? Quelles furent leurs relations avec les insulaires? Combien de temps restèrent-ils? Ont-ils repris la mer ensuite, et si oui, dans quelle direction?

Ce travail d'investigation a pris la forme, en avril-mai 2005, d'une grande expédition, sur les traces de Lapérouse. Celle-ci réunissait de nombreux partenaires: Association Salomon, IRD, Drassm, Arc'Antique, Atom-productions (avec France3-Thalassa), ainsi que la Marine Nationale elle-même.

Langues et tradition orale à Vanikoro

En tant que linguiste au CNRS, j'ai eu le plaisir de prendre part à cette expédition. Profitant de ma connaissance des langues mélanésiennes parlées au nord Vanuatu, ma mission était de m'initier aux langues parlées à Vanikoro, afin de mener mes enquêtes dans la langue même des habitants. Mon travail consistait donc autant à étudier les langues elles-mêmes — très mal connues, et peu décrites jusqu'à présent — qu'à enregistrer la tradition orale des habitants de Vanikoro, en particulier autour de la mémoire du naufrage de Lapérouse.
 
L'île de Vanikoro est peuplée par environ 1300 habitants (en 2009), dont 800 Mélanésiens et environ 500 Polynésiens. Ces derniers sont arrivés au cours des derniers siècles, en lien avec l'île polynésienne de Tikopia; la langue qu'ils parlent s'appellent le tikopia (ou tikopien). Quant aux Mélanésiens, ce sont les premiers habitants de l'île de Vanikoro. Ils parlent trois langues, appartenant à la famille dite océanienne: le teanu, le lovono, le tanema. Il faudrait plutôt dire “ils parlaient trois langues”, car aujourd'hui le lovono n'est plus connu que de 4 locuteurs, et le tanema d’un seul; ces deux langues ont été remplacés par le teanu. [voir les cartes] En 2012, lors d'une brève expédition à Vanikoro, j'ai pu rencontrer Lainol Nalo, le dernier locuteur du tanema, et enregistrer ce qu'il était possible de sa langue avant qu'elle ne disparaisse tout à fait. [voir le reportage du journal Der Spiegel]

  © A. François   

Enfin, outre les pressions qu'exercent les langues entre elles (ex. le teanu menace les deux autres langues mélanésiennes), il existe également une menace plus globale: celle qu'exerce la langue véhiculaire de la République des Îles Salomon, le “pidgin”. Derrière cette langue de contact, se profile une ombre encore plus vaste, du moins à long terme, celle de l'anglais. Face à cette langue officielle, langue de l'école et de la radio, que peuvent des petites langues parlées par quelques centaines d'habitants à peine? Ainsi, autant mes enquêtes historiques s'inscrivaient dans l'Histoire, autant l'on peut dire que mes recherches linguistiques proprement dites se sont donc déroulées sous le signe de l'urgence.

L’enquête sur le souvenir du naufrage

Qu'ai-je découvert à Vanikoro? Comment s'est déroulée mon enquête sur la tradition orale?
Si vous voulez le savoir, vous pouvez lire le chapitre que j'ai rédigé dans le bel ouvrage publié par l'Association Salomon:

François, A. (2008). Mystère des langues, magie des légendes. In Le mystère Lapérouse ou le rêve inachevé d’un roi, édité par l'Association Salomon. Paris: de Conti, Musée national de la Marine. Pp.230-233.

pdf  Version prépubliée.

 

Vous pouvez également lire les quelques articles que j'ai écrits et les interviews que j'ai données, pendant et après l'expédition. Mis bout à bout, ils forment une sorte de journal de bord de mes recherches.
 

Cliquez ici pour suivre mon enquête,
au fil des récits que j'ai pu écrire au cours de cette expédition
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