Un linguiste en Mélanésie

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         Mon travail de linguiste 

Je consacre mon travail à l'exploration et la description des langues mélanésiennes de l'Océan Pacifique. Comme ces langues ne sont pas écrites, et ne sont parlées que dans de petites îles, je passe une grande partie de mon temps sur le terrain, dans les villages du Vanuatu ou des îles Salomon. J'y partage la vie et les activités quotidiennes des populations locales, et leur demande de m'enseigner leurs diverses langues.
Dès que je quitte le terrain, je me mets au travail. Celui-ci consiste à reprendre mes notes manuscrites et à les publier d'une façon suffisamment claire pour partager mes découvertes avec le reste de la communauté scientifique. Cela peut prendre la forme d'articles scientifiques portant sur des points précis de ces langues, ou bien de grammaires complètes et de dictionnaires


© A. François  

Comme la plupart des centaines de langues parlées dans le Pacifique, les 17 idiomes sur lesquels je travaille sont des langues menacées: le nombre de leurs locuteurs va de 2100 à un seul individu ! Pour certaines de ces langues, on peut craindre qu'elles ne soient plus parlées d'ici dix ans – une situation extrême, mais en fait assez fréquente en Mélanésie. Ces langues sont non seulement menacées d'extinction prochaine, mais elles sont également encore très mal connues : il faut les décrire au plus tôt. 

Voilà pourquoi ce travail d'exploration linguistique est urgent.
 

Pour ce qui est de l'aspect scientifique de ces recherches, elles ont un double objectif. D'une part, il est important de décrire ces langues mélanésiennes de façon à mettre en valeur leur grande originalité – par exemple, en mettant l'accent sur certaines règles de grammaire que l'on ne trouve pas dans les langues mieux connues; ou en observant certaines caractéristiques linguistiques qui pourront, le cas échéant, livrer des indices importants pour reconstituer, par exemple, l'histoire de ces populations.
Mais inversement, il ne faut pas réduire ces langues à leur originalité ou leur exotisme, au risque d'exagérer la soi-disant différence qu'il y aurait entre la "vision du monde" de ces populations et celle des Européens. Plus l'on étudie les langues du monde, plus on s'aperçoit que les mécanismes essentiels de la communication et du changement linguistique sont en réalité universels. Autrement dit, l'observation des langues humaines nous enseigne deux choses : que l'humanité est incroyablement diverse et complexe, et en même temps, que nous sommes tous les mêmes.


© A. François  

Depuis quelques décennies, un domaine de la linguistique s'est développé, que l'on appelle la typologie linguistique. Son but, tel que je le comprends, consiste précisément à rechercher les universaux des langues humaines à travers l'observation fine de leurs différences.
Personnellement, ce programme me convient. Au bout du compte, ma recherche combine deux points de vue indissociables : (1) la description linguistique des langues d'Océanie; (2) la typologie des langues humaines.
 

Pour finir, j'essaie toujours de donner également à mes recherches un écho en dehors des linguistes eux-mêmes. Par exemple, je collabore avec des chercheurs non-linguistes (ethnologues, archéologues, ethnomusicologues); je fais connaître mes travaux à un public plus large; je donne accès à mes archives de terrain; et surtout, j'essaie de mettre mes compétences au service des locuteurs eux-mêmes, notamment à travers des livrets d'alphabétisation, destinés à promouvoir l'éducation en langues vernaculaires.
 
Dans la rubrique Publications, vous trouverez quelques-uns de mes articles et travaux — y compris ma thèse. Vous pourrez également voyager à Motalava, une petite île au nord du Vanuatu, et vous familiariser avec la culture et la langue de ses habitants. Enfin, vous pouvez découvrir les musiques coutumières du Vanuatu en allant écouter des extraits de notre album CD.
 
Bonne visite !
 

         Mon statut professionnel

logo-LacitoDirecteur de recherche au CNRS, j'appartiens au LaCiTO (Langues et Civilisations à Tradition Orale), plus particulièrement aux équipes Typologie et changement linguistique et Études austronésiennes.

Depuis 2012, j'y organise les séminaires Problèmes d'analyse et de comparaison des langues, ainsi que Méthodes de terrain. Depuis septembre 2015, je suis le Directeur du LaCiTO.

logo-ANUDurant la période 2009-2012, j'ai été Visiting Fellow au département de Linguistique de la School of Culture, History and Language, Australian National University (A.N.U.), à Canberra. Depuis mon retour en France en juillet 2012, j'y demeure Research Affiliate.

Mon adresse: < alexandre.francois - at - cnrs.fr >.

  • Voir mon pdf CV (Oct 2015)
     
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