Promenade ethnolinguistique à Motalava

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La littérature orale

La tradition orale à Motalava se compose surtout des chansons et de récits plus longs, en prose. Ces derniers sont répartis en deux grandes catégories vernaculaires. 90% de ces narrations s'appellent navap tam̄ag "paroles d'autrefois", et racontent les aventures de héros imaginaires, généralement jeunes, selon un schéma globalement récurrent – le héros se trouve confronté à diverses épreuves, qu'il réussit finalement à vaincre. Ces histoires, plutôt racontées par les (grands-) parents à l'intention des enfants, ne prétendent pas à la vérité, et se placent délibérément dans un monde merveilleux, volontiers jugé futile et peu sérieux.

En revanche, certains récits (env. 10%) sont soigneusement exclus de cette première catégorie, quand bien même ils y ressembleraient, et sont nommés nakaka tam̄ag "causerie d'autrefois". Ce sont plutôt des histoires que se racontent les adultes, voire les hommes initiés, dans des contextes plus sérieux, solennels. En outre, on insiste souvent sur la véracité – y compris symbolique – des faits ainsi relatés, en dépit du merveilleux qui y règne ; des preuves tangibles viennent souvent étayer ces histoires, comme des marques laissées par des Géants dans le paysage rocheux de l'île.

 

Malgré une nuance difficile à saisir entre les deux mots navap et nakaka, les deux expressions semblent bien correspondre à notre opposition entre contes et mythes. À noter, seuls les contes se donnent comme des "formes culturelles" à part entière, transmises telles quelles au fil des générations (vap tabay me "raconté de fil en aiguille jusqu'à nous"). Au contraire, les mythes sont souvent présentés comme un simple morceau de conversation sur le passé, sans mise en forme, ni formules de narration consacrées ; en cela, ils s'apparentent à l'Histoire.

Voici une preuve que le mythe d'Ikpwet est bien un mythe et non un simple conte : Stakis nous montre le lit, aujourd'hui pétrifié, dans lequel dormait le héros mythologique aux tout premiers temps du monde.

Enfin, il n'y a ni "griot", ni "conteur" à Motalava : chacun est également dépositaire de la tradition, qu'il ait 80 ans ou 11 ans et demi. Il est même rare qu'on désigne quelqu'un comme connaissant, mieux que les autres, la tradition en général ; plutôt, on désignera chaque personne du village comme le meilleur interprète de tel ou tel conte. On retrouve là cet égalitarisme des motalaviens, excluant toute hiérarchie aussi bien que toute spécialisation.       

Allons donc voir Taitus Lolo, du village de Lahlap.

Rendez visite à Hansel, c'est lui qui le connaît le mieux.

 

 

 

 
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©   Alexandre FRANCOIS 2017